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De Insulis

De Insulis

Alain De Lille (Alanus De Insulis) est un poète et théologien français du XIIe siècle. On estime qu’il serait né entre 1120 et 1128 et qu’il serait mort aux environs de 1202. Peu d’éléments de sa vie nous sont parvenus. Parmi ses œuvres les plus importantes, citons De planctu naturae (Les plaintes de la Nature) écrit entre 1160 et 1170 et De miseria mundi, écrit aux alentours de 1182-1183.

De planctu naturae

De planctu naturae est une chantefable, c’est-à-dire « un récit médiéval faisant alterner de la prose récitée et des vers chantés ». Cette œuvre est un récit satirique des vices de l’humanité. En écrivant son œuvre, Alain de Lille « souhaitait assouplir le cadre de la théologie, perçu comme seule vérité, en introduisant la Nature, comme intermédiaire entre Dieu et le monde. » Sujet d’actualité encore aujourd’hui : « Elle [la Nature] se plaint de l’abandon de ses lois par les hommes, et participe à la conquête de la civilisation sur le chaos en chargeant Venus, aidée de Cupido, de rétablir l’ordre de l’univers ». Le poème qui suit est celui d’une ode extraite de la deuxième partie du De planctu naturae. Les divisions et les titres ont été choisi par Liva pour son besoin créatif.

1. Regula mundi
Fille de Dieu et mère des choses,
lien du monde et son nœud ferme,
beauté de la terre, miroir de ce qui
passe, flambeau du globe ;

Paix, amour, vertu, gouvernement,
pouvoir, ordre, loi, terme, route,
guide, origine, vie, lumière, éclat,
forme, visage, règle du monde ;

Toi qui soumets à tes rênes l’allure du monde,
noues d’un nœud d’harmonie
tout ce que tu affermis dans l’être,
et, du ciment de la paix,
unis le ciel à la terre ;

Toi qui appliques les idées pures du Verbe
à la frappe de chaque sorte d’être,
revêts la matière de forme et formes de ton pouce
ce manteau qu’est la forme ;

2. Lucido lunae
Toi que favorise le ciel,
dont l’air se fait le serviteur,
que la terre honore et que l’onde vénère ;
à toi, comme à la maîtresse du monde,
chaque élément paie tribut ;

Toi qui enchaînes jours et nuits dans leur alternance,
dispenses au jour le cierge du soleil et fait
s’assoupir au clair miroir de la lune les nuages de la nuit ;

Toi qui dores le pôle d’étoiles diverses,
rassérène le domaine de notre éther,
emplis le ciel des gemmes des astres et d’une armée bigarrée ;

3. Terra superbit
Toi qui modifies en Protée la face du ciel
où tu suscites de nouvelles dispositions, peuplant
notre air d’oiseaux et serrant tout sous ta loi ;

Sur un signe de qui le monde rajeunit,
la forêt voit boucler sa chevelure de feuilles et,
s’enveloppant de notre manteau de fleurs,
la terre s’enorgueillit ;

Toi qui apaises et accrois les menaces du flot,
coupant cours à la fureur marine,
de peur que la colère de l’onde
n’ensevelisse la surface des continents ;

4. Lingua fidelis
Découvre-moi le motif de ton voyage ;
pourquoi gagnes-tu la terre, Céleste voyageuse?
Pourquoi offres-tu à notre monde le présent de ta divinité ?

Pourquoi un flot de larmes mouille-t-il ta face ?
Qu’annoncent donc les pleurs de ton visage ?
Les larmes sont les interprètes fidèles d’une douleur intérieure.

De miseria mundi

De miseria mundi est une hymne qui s’apparente à l’Anticlaudianus, œuvre du même auteur. Le poète y compare la condition humaine à celle de la rose et « traite des quatre artisans du monde : Dieu, la Nature, la Fortune et le Vice » . Comme mentionné précédemment, les divisions et les titres sont une création de Liva.

1. Omnis mundi creatura
Toute créature du monde
est comme un livre, une peinture,
pour nous servir de miroir,
fidèle représentation
de notre vie, de notre mort,
de notre état, de notre sort.

Notre condition est peinte par la rose,
de notre état fort bonne glose et
leçon de notre existence :
au petit matin épanouie,
elle fleurit, fleur défleurie
en sa vieillesse du soir.

2. Rosa marcet oriens
En respirant la fleur expire,
en pâlissant elle délire,
en naissant commence à mourir.
À la fois ancienne et nouvelle,
à la fois vieille et jouvencelle,
la rose se fane en naissant.

Ainsi le printemps de notre âge,
tout au matin de la jeunesse,
fleurit pour un bref instant,
mais ce matin est tôt exclu par le soir,
tandis que conclut le crépuscule de la vie.

3. Sic mors vitam
En mettant fin à sa beauté,
l’âge, où le cours du temps l’emporte,
déflore bientôt sa splendeur.
La fleur devient fruit, la gemme boue,
l’homme poussière, et à la mort
il paie ici-bas son tribut.

Car sa vie, car son être sont
peine, douleur, nécessité de finir par la mort.
Ainsi la mort ferme la vie,
le deuil les ris, l’ombre le jour,
le jusant la mer et le soir le matin.

4. Mortis est conclusion
La première attaque nous vient
du chagrin au visage de mort,
du malheur qui singe la mort ;
il nous soumet à la peine,
il nous fait être de douleur,
et c’est la mort qui conclut.

5. Luge penam
Donc, enclose sous cette loi,
déchiffre, homme, ta condition,
regarde bien ce qu’est ton être,
ce que tu fus avant de naître,
ce que tu es, ce que tu seras,
approfondis cette vision.

Pleure ta peine, déplore ta faute,
contiens tes élans, brise ton faste,
dépouille-toi de ton orgueil ;
meneur et cocher de ton âme,
dirige-la, oriente son cours
pour ne pas dévier vers le mal.

Liva a choisi ces textes pour la profondeur et la sagesse qui s’en dégagent et, comme pour son album Requiem, dans le but de travailler sur une grande œuvre. Ces deux textes se sont livrés comme s’ils avaient choisi Liva et non l’inverse.
Liva a ensuite fait une division libre des strophes pour obtenir cinq sous-titres pour chacune des œuvres et créer un cadre musical en plusieurs mouvements.